EGALITE DES SEXES A L’ECOLE : OU EN SOMMES-NOUS AUJOURD’HUI ?

Article

Egalité des sexes à l’école: où en sommes-nous aujourd’hui?

Par Julija Meilunaite  |   29 Oct 2018  |

De nos jours, les discriminations et les inégalités font partie intégrante du quotidien des hommes et des femmes et l’égalité des sexes reste encore à construire, à commencer par l’école.  L’enseignement reçu par les filles et les garçons est considéré comme étant identique, mais qu’en est-il réellement ? Le respect de l’autre sexe est aujourd’hui un des enjeux majeurs de l’approche éducative.

La non-discrimination est un droit

La discrimination peut se présenter sous de nombreuses formes. Elle correspond au fait de traiter des personnes différemment, de manière défavorable et inégale, en établissant une séparation et une distinction selon leur race, leur sexe, leur couleur, leur religion, leur langue, leur nationalité ou leur origine sociale. Aujourd’hui, la lutte contre la discrimination fille-garçon reste bien réelle. Les enfants, comme les adultes, ne devraient pas être soumis à ces inégalités et devraient bénéficier des mêmes droits et des mêmes opportunités. On retrouve ce principe dans l’article 2 de la CIDE (Convention internationale des droits de l’enfant), un traité international approuvé par l’Assemblée générale de l’ONU (Organisation des Nations unies) : « Les États parties s’engagent à respecter les droits énoncés dans la Convention internationale des droits de l’enfant et à les garantir à tout enfant, sans distinction aucune, indépendamment de toute considération de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou autre de l’enfant ou de ses parents. » Cependant, force est de constater qu’au-delà de ce traité, les inégalités, les discriminations et les différences de traitement entre les filles et les garçons restent bien réelles et ancrées dans notre quotidien, que ce soit dans la société ou à l’école.

Une égalité des sexes qui reste à bâtir

C’est depuis les années 70 que la mixité (éducation en commun des garçons et des filles) s’est généralisée et a pu être imposée à tous les établissements scolaires publics. Cependant, bien que l’égalité filles-garçons soit une mission primordiale et une obligation d’un point de vue légal pour l’Education nationale, de véritables iniquités sont à ce jour entretenues à l’école. D’après un grand nombre de recherches menées dans les établissements scolaires, l’accent a été mis sur un réel manque d’égalité des filles et des garçons d’un point de vue éducatif. En effet, des méthodes pédagogiques, l’orientation, tout comme les interactions entre les élèves ont mis en évidence des stéréotypes sexistes bien présents en classe. Cela prouve que la mixité, bien qu’elle puisse y contribuer, n’est pas toujours source d’égalité. C’est pourquoi il est essentiel de mettre l’accent sur l’enseignement pour mettre fin à des disparités qui n’ont pas lieu d’être.

Quels mécanismes inégalitaires participent à la discrimination ?

D’après Annette Jarlégan, Maître de Conférences en sciences de l’éducation de l’Université Nancy 2, de nombreux mécanismes établis à l’école participent aux différences entre les filles et les garçons. Parmi eux, des albums de littérature pour enfants sont vecteurs d’un grand nombre de stéréotypes qui seront ensuite assimilés par les élèves. Il en est de même pour les manuels scolaires et les exercices réalisés en classe. Qui plus est, le point de vue des enseignants, né d’un conditionnement de longue date, joue un rôle majeur dans le maintien de ces inégalités. Par exemple, certains professeurs peuvent avoir tendance à croire que les garçons sont meilleurs en mathématiques, et les filles, en littérature. Ce sont des croyances qui se reflètent parfois dans les évaluations des élèves. De surcroît, les causes de la réussite des garçons et des filles ne sont pas toujours considérées de la même manière. Selon une expérience de docimologie (étude du déroulement des évaluations en pédagogie), une bonne copie serait notée plus favorablement  si elle est attribuée à un garçon plutôt qu’à une fille. D’autre part, une mauvaise copie subirait plus de sanctions si elle porte le nom d’un garçon. Les appréciations montrent, quant à elles, davantage d’attentes vis-à-vis des garçons que des filles.  Des différences sont également à noter dans les interactions en classe. En effet, les garçons auraient davantage la parole que les filles et les garçons seraient plus souvent encouragés ou réprimandés que les filles. Bien entendu, ces mécanismes ne sont pas créés par les enseignants, c’est le résultat d’un conditionnement qui prend ses racines dans la société.

Quelles conséquences sur le comportement et les performances des élèves ?

Ces inégalités dans l’éducation, bien que parfois subtiles, ont de réelles conséquences sur l’avenir des élèves. Par exemple, au vu des attentes des enseignants, les filles ont moins tendance à s’orienter vers les sciences que les garçons. On peut ainsi parler de « curriculum caché », cette part des apprentissages que l’on ne retrouve pas dans les programmes scolaires et qui est, en fin de compte, transmise inconsciemment dans l’enseignement.

Il faut toutefois noter que de réelles améliorations ont pu naître durant ces dernières dizaines d’années. Les récentes études de genre  y sont probablement pour quelque chose, le genre étant un concept que l’on utilise en sciences sociales afin de dépeindre les différences à caractère non biologique entre les hommes et les femmes. Bien que le genre ait été pendant longtemps ignoré par les enseignants, il est aujourd’hui de plus en plus présent dans les supports de cours. On cherche aussi à encourager les filles à ne pas minimiser les filières scientifiques mais également à sensibiliser les enseignants aux inégalités de comportement face aux filles et aux garçons. L’accent a aussi été mis sur la littérature enfantine dans laquelle des progrès ont pu être notés. Ces dernières années, de véritables améliorations ont été mises en place dans l’enseignement face à la discrimination. Il reste toutefois important de se rendre compte des différences de comportement, souvent inconscientes car profondément ancrées dans les mœurs, adoptées face aux garçons et aux filles.

Vers la fin des inégalités sexuées ?

A ce jour, bien que de nombreux progrès aient été faits, des stéréotypes sont toujours présents dans l’éducation des enfants. Partagés par les enseignants, les parents et, plus globalement, la société, ils requièrent un réel effort vis-à-vis des formations des professionnels de l’enseignement et de la petite enfance.  La lutte pour l’égalité des filles et des garçons, contre les stéréotypes et les discriminations, est nécessaire pour pouvoir contribuer au bien-être et l’épanouissement des enfants. Mettre l’accent sur cette égalité et le développement de l’autonomie, c’est créer davantage de possibilités d’avenir pour les enfants, filles comme garçons.

Sources

Fiche thématique de l’Unicef – L’égalité fille-garçon

Éducation : une égalité des sexes qui reste à construire

Interview d’Annette Jarlégan – L’école : garçon, filles à égalité ?

Sexisme dans la littérature enfantine : quels effets pour le développement des enfants ?

La parité homme et femme sera accessible dans 170 ans

Comment éduquer à l'égalité des sexes