Comment éduquer à l’égalité des sexes?

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Comment éduquer à l’égalité des sexes ?

Par Julija Meilunaite  |   05 Nov 2018  |

On a longtemps pensé que la mixité était suffisante pour établir l’égalité des sexes à l’école. Cependant, on sait aujourd’hui que bien qu’elle soit indispensable à l’égalité, elle n’est pas suffisante pour l’édifier. En effet, malgré de réels progrès réalisés ces dernières dizaines d’années, des mécanismes discriminatoires existent toujours, bien ancrés dans la société et donc repris dans le milieu scolaire. C’est pourquoi il est aujourd’hui indispensable de mettre l’accent sur l’éducation à l’égalité des filles et des garçons et ce, dès le plus jeune âge à l’école.

Egalité filles-garçons : quelles réalités ?

D’après de nombreuses recherches, il a été établi que les filles et les garçons ne vivent pas des expériences similaires à l’école. En effet, des mécanismes sociaux existants dans la société sont encore, à ce jour, repris dans l’éducation et souvent de manière inconsciente. Des stéréotypes de sexe sont toujours présents,  témoignant de cette inégalité. Des processus souvent inaperçus qui agissent à la fois sur les enseignants et les élèves, déterminant leurs attentes, leurs jugements et leurs comportements.  Ces discriminations et inégalités peuvent se voir, par exemple, par le biais des interactions en classe, des attentes vis-à-vis des filles et des garçons et des jugements (que ce soit d’un point de vue évaluatif ou face au comportement des élèves). Les manuels scolaires y sont également pour quelque chose car ils encouragent des stéréotypes qui s’enracinent dans l’esprit des élèves. Chacun de ces éléments, qu’ils soient dans le domaine du savoir ou celui de la socialisation en classe, fait partie des racines du « curriculum caché » des enfants, c’est-à-dire des savoirs qui s’acquièrent de manière inconsciente dans l’enseignement et qui, indirectement, influencent l’orientation.

Au lycée, les statistiques sont révélatrices des inégalités présentes entre les filles et les garçons quant aux choix de filières et de l’orientation. En effet, en 2012, les filières littéraires comptaient seulement 20,8 % de garçons et les filières scientifiques, 54,5 %. Pour ce qui est de l’orientation en classes préparatoires, les filières littéraires comptaient 74 % de filles contre 30 % pour les filières scientifiques.  On voit là un réel déséquilibre témoin de cette inégalité des sexes à l’école.

L’importance des interactions en classe

Les interactions en classe font partie des mécanismes qui maintiennent les inégalités entre les garçons et les filles à l’école. En effet, il n’est pas rare que les filles soient moins interrogées par les enseignants que les garçons, de même que la nature des questions posées peut différer. Par exemple, on note que les garçons sont plutôt interrogés de manière ouverte, c’est-à-dire dans le but de « créer un savoir », tandis que les filles sont davantage interrogées de manière fermée, ce qui signifie qu’elles sont sollicitées pour rappeler un savoir déjà appris en classe. C’est pourquoi, de plus en plus d’enseignants cherchent à pallier cette inégalité des interactions en alternant par exemple les questions posées aux filles et aux garçons, en n’hésitant pas à créer de nouvelles stratégies d’interrogation. De même, des dispositifs pédagogiques efficaces sont souvent mis en place tels que les travaux de groupe.

Travailler sur les stéréotypes

Les stéréotypes sexués sont une des bases vectrices des inégalités entre les filles et les garçons. Ainsi, les repérer dans les mécanismes éducatifs constitue une part essentielle de l’égalité des sexes à l’école. Pour commencer, les élèves doivent prendre connaissance de la manière dont ces stéréotypes constituent des obstacles à l’épanouissement de chacun et à la mise en œuvre de compétences sociales, citoyennes et psychosociales. Il est aussi important de se rendre compte qu’ils peuvent représenter des freins vis-à-vis du parcours scolaire et de l’orientation, que ce soit pour les garçons ou pour les filles. Il est essentiel de véhiculer ces idées et ce, dès la maternelle, en plongeant les élèves dans une atmosphère de respect mutuel et d’entraide, tout au long du cursus scolaire.

Il faut également travailler sur la régulation des tensions, en essayant de tendre vers une diminution des incidents dus aux inégalités dans le milieu scolaire. Sachant que la famille joue un rôle primordial dans l’éducation des enfants, la mise en place d’une coéducation et de relations de confiance avec les parents est tout aussi indispensable. Le développement d’une culture commune ne pouvant qu’être bénéfique, il en va de même pour les structures municipales avec lesquelles le savoir-faire devrait être partagé.

Les enjeux des pratiques enseignantes

L’enjeu majeur est donc de créer un enseignement dépourvu de toute stigmatisation, dans lequel chacun des élèves sera capable d’atteindre une culture commune établie, le tout en développant ses propres compétences selon son profil. La gestion de la mixité en classe n’est pas suffisante pour parvenir à un tel objectif. La sensibilisation aux différences ainsi que l’acceptation de celles-ci peut permettre de les valoriser, tout en participant à l’établissement de l’égalité. Pour cela, il faut respecter les différences identitaires des élèves tout en évitant de les enfermer dans un genre ou un modèle dominant qui peut soit les conforter, soit les fragiliser psychologiquement. De même, il est important de véhiculer des notions d’entraide, d’évolution et de progrès aux les élèves pour qu’eux-mêmes se délivrent de schémas inégalitaires existants. Pour renforcer leur confiance en soi et leur estime de soi, la solution peut être de fixer des objectifs d’apprentissage élevés afin de créer un sentiment de compétence pour chacun. La mise en place de projets individuels, tout comme les échanges et les activités à plusieurs peuvent participer à l’établissement de l’égalité mais aussi à la connaissance de soi. Un autre enjeu pour les enseignants reste de trouver un équilibre durant le cursus face aux activités que l’on perçoit comme masculines, féminines ou neutres.

L’une des missions de l’éducation est aujourd’hui de lutter contre les discriminations et de tendre chaque jour un peu plus vers l’égalité des filles et des garçons. Pour y parvenir et pouvoir former des citoyens éclairés, un travail de fond et la remise en question de nombreuses pratiques sont essentiels. Le travail pour un respect mutuel et une égalité des chances est primordial dans l’établissement d’une culture commune.

Sources

Genre et pratiques scolaires : comment éduquer à l’égalité ?

L’éducation à l’égalité « filles-garçons » dans la formation des enseignant-e-s

L’enjeu de l’Education

Egalité filles-garçons : que fait l’Education nationale

Eduquer à l’égalité

Convention interministérielle pour l’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif 2013-2018

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